Qui arrêtera encore le ministre Vandenbroucke avant qu’il ne livre la santé publique au marché noir ?

Bruxelles, le 26 février 2026 – Le ministre Vandenbroucke semble vouloir aller de l’avant avec son intention d’imposer une interdiction totale des arômes pour les cigarettes électroniques, « afin de rendre les vapoteuses moins attrayantes et de réduire leur usage »[1]. Dans la proposition qu’il soumet actuellement aux partis au gouvernement, seul l’arôme de tabac resterait autorisé, alors que l’accord de gouvernement ne prévoit qu’une « limitation » de la gamme d’arômes[2]. Ce faisant, le ministre se lance dans une expérience dangereuse qui ne fera pas baisser l’usage des cigarettes électroniques, mais ouvrira encore davantage la porte aux produits illégaux qui inondent déjà notre marché. Il suffit d’analyser la situation aux Pays-Bas où une interdiction identique est en vigueur depuis le 1er janvier 2024. Les résultats y sont édifiants :

  • Malgré l’interdiction des arômes, le nombre de jeunes vapoteurs (entre 12 et 18 ans) n’a pas diminué, mais a au contraire augmenté. Le Nationale Jeugdmonitor du Centraal Bureau voor de Statistiek (CBS) des Pays-Bas confirme que 8 % des 12-18 ans utilisent une cigarette électronique. En 2022, avant l’interdiction de la vente en ligne (juillet 2023) et l’introduction de l’interdiction des arômes (janvier 2024), ce chiffre n’était que de 3,70 %.
  • Ces chiffres sont d’autant plus préoccupants que la vente de vapoteuses aux mineurs a toujours été interdite. Le fait est que des structures criminelles – qui échappent à tout contrôle – ont profité de l’absence de produits réglementés sur le marché. Malgré les interdictions, des ventes illégales massives ont lieu via des canaux alternatifs tels que des dealers de rue, des écoles, des plateformes de réseaux sociaux ou en ligne.
  • L’interdiction des arômes n’a pas eu non plus l’effet escompté sur les consommateurs adultes. Une étude de l’organisation de consommateurs Acvoda auprès des utilisateurs de cigarettes électroniques (âge moyen de 52 ans) montre que 80 % contournent en réalité l’interdiction : 50 % se rendent à l’étranger et 30 % continuent de commander en ligne ou via les réseaux sociaux. L’interdiction de la vente en ligne est en effet difficile, voire impossible, à faire respecter.
  • Seuls 2 % des utilisateurs sont passés à l’arôme de tabac obligatoire aux Pays-Bas. Près de 10 % des vapoteurs ont recommencé à fumer.

En résumé : l’interdiction des arômes aux Pays-Bas s’est soldée par un fiasco. Chez les jeunes, elle a produit un « effet fruit défendu », tandis que les vapoteurs adultes se tournent soit vers la cigarette traditionnelle, soit vers le marché noir ou l’étranger. La politique s’est révélée néfaste tant pour la santé publique que pour les finances publiques. Alors que le gouvernement gardait auparavant un certain contrôle, le champ est désormais laissé libre aux organisations criminelles.

Le ministre Vandenbroucke semble vouloir convaincre les autres partis au gouvernement de tomber dans le même piège. Nous ne pouvons qu’espérer que quelqu’un se manifestera pour protéger le consommateur, le commerce légal et les recettes publiques contre cette catastrophe annoncée.

Offrir aux fumeurs une alternative valable et légale

Cimabel plaide pour l’autorisation d’un nombre limité d’arômes afin que les fumeurs souhaitant abandonner la cigarette classique puissent toujours trouver une alternative de qualité dans le commerce légal. C’est d’ailleurs ce que recommandent certains membres du Conseil Supérieur de la Santé[3] : « par crainte que les cigarettes électroniques ne perdent leur attrait comme outil potentiel pour aider certains fumeurs à arrêter, et pour éviter que des vapoteurs ne retournent vers les cigarettes traditionnelles, comme cela s’est produit dans certains États américains après l’introduction de restrictions sur les arômes ».

Le gouvernement devrait également commencer par réaliser une étude d’impact sérieuse sur la situation actuelle du marché et les préférences des consommateurs. Cela permettrait d’évaluer les conséquences potentiellement drastiques si, du jour au lendemain, une large majorité des arômes disponibles et légaux venait à disparaître. Comment les consommateurs réagiront-ils ? Quels fabricants légaux pourront ou voudront encore approvisionner le marché ? Et surtout : quelle part du marché risque de tomber irrémédiablement entre les mains des circuits de commerce illégal ?

Il convient aussi de rappeler que les vapoteuses illégales – qui présentent souvent des taux de nicotine très élevés et sont parfois même composées de substances synthétiques – sont de plus en plus consommées par des Belges (souvent mineurs). Le ministre devrait d’abord s’assurer que cette problématique soit maîtrisée avant de priver les adultes d’un produit nicotinique légal.

Nous comptons sur les partis de la majorité pour examiner de manière critique la proposition du ministre Vandenbroucke et faire preuve de réalisme. Cela permettrait d’éviter que, bientôt, un demi‑million de vapoteurs adultes ne soient plus approvisionnés que par des organisations criminelles ou des sites web chinois obscurs.


[1] Note de politique générale – Santé publique, 23 janvier 2026, https://www.dekamer.be/doc/FLWB/pdf/56/1282/56K1282009.pdf

[2] Accord de coalition fédérale 2025-2029, https://www.belgium.be/sites/default/files/resources/publication/files/Accord_gouvernemental-Bart_De_Wever_fr.pdf 

[3] Conseil Supérieur de la Santé, Cigarette électronique : restrictions sur les saveurs, Novembre 2025 (Avis N° 9863), https://www.hgr-css.be/file/download/9f07d9ec-cae2-4325-8bde-b3f912dd82ea/MZgQ5HhZOx4QOzdUhD0XWtMVKotiNerwzCuW1vkRq7o3d.pdf

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