44,4 % des cigarettes consommées en Belgique échappent au fisc, parce qu’elles ont été achetées à l’étranger ou qu’il s’agit de contrefaçons. Cela correspond à plus de 3,025 milliards d’euros[1] de recettes d’accises et de TVA sur les produits du tabac qui échappent au fisc. Ce sont là les derniers résultats d’une étude longitudinale réalisée pour le compte de Cimabel, la fédération sectorielle des fabricants de cigarettes belgo‑luxembourgeois. Les derniers chiffres portent sur le quatrième trimestre de 2025.

Ces nouveaux chiffres confirment une tendance préoccupante qui se dessine depuis un certain temps, à savoir la forte hausse de la consommation de tabac illégal dans notre pays. Cette hausse est extrêmement rapide : au quatrième trimestre de 2024, 34,9 % de la consommation de cigarettes en Belgique était illégale.

Les cigarettes contrefaites représentent 4,6 % de la consommation totale de cigarettes en Belgique, contre 1 % fin 2024. Elles sont produites dans des conditions non réglementées et contiennent régulièrement des ingrédients inconnus ou extrêmement nocifs. Leur présence croissante sur le marché belge représente dès lors un sérieux risque pour les consommateurs.

Des cigarettes étrangères bon marché affluent dans le pays

L’étude montre que la grande majorité des cigarettes illégales proviennent de pays où les produits du tabac sont nettement moins chers. Les trois principaux pays d’origine sont la Bulgarie (53,1 %), le Luxembourg (15,8 %) et la Turquie (8,7 %). Ces flux de contrebande ne doivent rien au hasard : les écarts de prix importants entre la Belgique et ces pays rendent ce commerce particulièrement lucratif pour les organisations criminelles.

La consommation illégale atteint des pics dans des villes réparties sur l’ensemble du pays. Dans plusieurs grandes villes, plus de 40 % des fumeurs achètent leurs cigarettes en dehors du circuit officiel belge : Louvain (52,7 %), Bruxelles (47,6 %), Anvers (46,9 %). Dans des villes comme Gand, Bruges, Hasselt, Courtrai, Liège, Namur et Arlon, les proportions sont également supérieures à la moyenne.

Conséquences pour le fisc et la santé publique

Selon Cimabel, ces chiffres confirment que la politique en matière d’accises stimule la consommation de cigarettes achetées à l’étranger et de contrefaçon. Sous l’impulsion du ministre fédéral de la Santé publique, Frank Vandenbroucke, le prix moyen des cigarettes dans le commerce est passé entre 2020 et 2025 de 6,39 € à 10,57 €, soit une hausse de 65,4 %. Malgré l’essor du commerce illicite, il persiste dans cette orientation politique.

« La combinaison de hausses de prix excessives et de nouvelles restrictions sur les produits nicotiniques alternatifs pousse le consommateur belge dans les bras des réseaux de contrebande et de contrefaçon », déclare Christine De Baets, présidente de Cimabel. « Tant les pouvoirs publics que la santé publique sont les perdants de cette politique contre‑productive. Il est urgent d’opérer une remise à plat. »

Cimabel plaide dès lors pour une approche intégrée visant à endiguer la montée du commerce illicite du tabac : une réforme de la politique en matière d’accises afin de réduire les extrêmes écarts de prix avec d’autres pays de l’UE, des investissements renforcés dans les services douaniers – qui ont réalisé des saisies record ces dernières années – et un accès plus aisé pour les consommateurs à des alternatives moins nocives aux cigarettes, comme les cigarettes électroniques.


[1] Extrapolation basée sur le total des recettes d’accises et de TVA sur les produits du tabac de l’année 2024 (3 788 621 874 € ; source : SPF Finances) ; le montant total réel des recettes d’accises pour 2025 n’est pas encore connu.

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