Le 1er avril entreront en vigueur de nouvelles mesures qui porteront une fois de plus un coup dur aux vendeurs de produits du tabac et pousseront davantage les fumeurs sur la voie des circuits de commerce illégal.

Dans les supermarchés et les magasins d’alimentation de plus de 400 m2, la vente de produits du tabac sera définitivement interdite à partir du 1er avril. Toute personne qui souhaite acheter des cigarettes ou du tabac à rouler devra donc se tourner vers les librairies, les petits commerces de quartier ou les night shops. Mais dans ces points de vente aussi, les produits du tabac ne pourront plus être visibles. Ils devront être dissimulés dans des armoires fermées ou derrière des tentures, ce qui représente encore un coût supplémentaire pour les commerçants. Un porte-parole de Buurtsuper.be a déjà indiqué que de nombreux commerçants sont réticents face à ce qu’il appelle « des dépenses inutiles ».

Il est fort probable que certains commerçants choisiront de ne plus vendre du tout de produits du tabac. Certains ont même fermé boutique, estimant que les investissements requis sont trop importants et la rentabilité impossible. De quoi réjouir peut-être le ministre de la Santé publique, mais tout optimisme serait déplacé. La dure réalité, c’est que les consommateurs, qui se tournent déjà massivement vers les cigarettes bon marché illégales, le feront désormais encore plus en dehors des circuits de vente légaux.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 36,5 % de toutes les cigarettes consommées en Belgique ne sont pas achetées dans notre pays*. Il s’agit de cigarettes initialement achetées légalement dans des pays comme la Bulgarie, le Luxembourg, la Turquie et l’Albanie, où les prix sont moins élevés, puis revendues ici par des contrebandiers et des organisations criminelles.

Il est frappant de constater que plus de la moitié de toutes les cigarettes illégales proviennent de Bulgarie (56 %). Étant donné que les cigarettes y sont trois à quatre fois moins chères qu’en Belgique – un paquet y coûte en moyenne 3,07 € – il n’est pas étonnant que la contrebande de cigarettes depuis ce pays soit un modèle économique attrayant. D’autres pays d’importation populaires sont la Turquie, l’Albanie, la Roumanie, la Pologne, la Grèce et le Maroc.

Le fait que certains de ces pays ne soient pas vraiment des destinations touristiques prisées renforce le soupçon qu’il existe des circuits organisés qui répondent rapidement et efficacement à la demande croissante de cigarettes bon marché par les consommateurs belges désireux d’échapper aux accises élevées de leur propre pays.

Maintenant que le commerce légal est confronté à de nouveaux obstacles, comme l’interdiction de vente dans les supermarchés et l’interdiction d’exposition dans le commerce de détail, la voie vers un commerce illégal encore plus important est plus ouverte que jamais.

Il est surprenant qu’un gouvernement en quête de recettes supplémentaires se tire ainsi une balle dans le pied de manière aussi incompréhensible. Avec le niveau actuel de 36,5 % de cigarettes vendues illégalement, l’État belge perd plus de 2,177 milliards d’euros de recettes. Les nouvelles mesures creuseront encore davantage ce trou budgétaire. Allez comprendre.

* Empty Pack Survey – Belgium Q4 2024, WPSM Group, janvier 2025

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